Clos Y, une symphonie gastronomique de haut vol

11, Juin, 2017 | 14ème, Abordable, Arrondissements, Asiatique, Gastronomique, Japonais, Manger, Paris

Note

Nous voilà partis pour le Clos Y, un restaurant tout près de Montparnasse, situé au 27 Avenue du Maine. Nous l’avions en ligne de mire depuis un petit moment déjà, mais le temps nous avait manqué. Bien-mal nous en a pris ! Le Clos Y, c’est le mariage de la modernité et de l’authenticité, de l’essentiel et de la sophistication, de la passion et de l’humilité : un véritable coup de foudre gastronomique, mais aussi humain, un secret (trop) bien gardé, et une preuve supplémentaire que la gastronomie française japonisée (ou l’inverse) est bien l’un des champs de gastronomie les plus fascinants.

Réservation prise un samedi midi, 13h30. Dès l’arrivée nous sommes accueillis par une équipe souriante et très attentionnée. On choisit volontairement de s’installer en hauteur, sur le magnifique établi boisé d’une dizaine de mètres de lo,g, histoire de voir le Chef au travail. Le bois utilisé pour sa réalisation, qui vient tout droit du Japon, témoigne d’une préciosité sans pareil : il structure l’espace du restaurant et, en contraste avec une décoration sinon assez sobre, amène une ambiance chaleureuse. Le fournisseur (aussi étonnant que cela puisse paraître), est un passionné de musique et d’amplis, qu’il design pour certains de ses clients. Après avoir confié la réalisation de l’ampli et de l’enceinte estampillée « Clos Y », ils ont placé l’œuvre tout à fait au bout du bar.

Petite anecdote qui vaut de l’or: le céramiste de l’Empereur du Japon aurait lui même réalisé l’enceinte, entièrement faite à partir de céramique bleue ciel. Un vrai régal visuel et une une expérience sensorielle inédite.

La salle est très moderne, aménagée à l’aide de matériaux nobles et précieux. Niveau déco, rien n’est laissé au hasard : mention spéciale à la vaisselle, design et particulièrement originale et sophistiquée parfaitement sélectionnée pour s’accorder avec les plats proposés. Nous découvrons la carte qui consiste en un menu déjeuner très concis d’entrée/plat/dessert à 25 euros. Pour les moins gourmands vous pourrez opter pour un menu entrée/plat ou plat/dessert à 20€.
Ce menu, limité dans son choix (1 entrée, 3 plats, 2 desserts), reflète la volonté du chef de tout cuisiner « minute », sur la base de produits frais, représentatifs de son humeur du jour.

Après avoir fait nos choix respectifs, le pain débarque, frais et croquant (made in Eric Kayser). Une marque d’attention de la part du restaurant, qui nous rappelle que nous sommes bien dans un restaurant Franco-Japonais : l’alliance des deux pays annonce donc le meilleur.

Entréesbento japonais du chef, façon « le Clos Y ». L’assiette, fournie et graphique, était composée de plusieurs éléments disparates constituant chacun les prémices de ce que le client peut espérer pouvoir trouver dans les menus gastronomiques du soir. Le chef a voulu faire une sorte de « teasing », mettant l’eau à la bouche.
Cette entrée, servie sur une planche de granite, constitue une véritable fresque, une ballade sensorielle diversifiée et sophistiquée. Elle était composée d’un sushi de bar sur son riz mariné et d’un autre sushi de bœuf de Kobé, de saumon fumé au bois de hêtre accompagné de son asperge et sa sauce crémeuse. Pour lier les différents tapas, le chef imaginait des sauces et des chemins de saveurs, telle que sa poudre blanche de yuzu à l’huile d’olive, qui concentrait malgré sa volupté une puissance gustative surprenante. On trouvait également une petite crème glacée de foi gras, ainsi qu’une mousse d’oursin dans un ramequin, recouvrant une aubergine confite. Enfin, le met le plus surprenant était certainement cette crevette crue immergée dans un mélange non homogène d’eau salée et d’huile d’olive, une reconstitution de l’eau de mer.

Côté plats: nous optons pour un plat de viande et un autre de poisson.

La caille rôtie et sa sauce au vin rouge et au beurre, à la fois sucrée et salée, avec une touche de gingembre et les tempuras de bambos, le tout accompagné de petit légumes parfois pochés, parfois poêlés ou encore rôtis était divine. Tout comme l’entrée, les deux plats mettent en évidence un sens graphique époustouflant : la palette de couleurs et de textures qui s’offrent à nous, d’un niveau de détail déroutant et habituellement réservé aux restaurants gastronomiques.
Le poisson nous était quant à lui proposé dans une version brute accompagnée d’une sauce vierge, et une autre version entourée d’une panure/friture réalisée à base de charbon. Le tout était accompagné de légumes encore une fois déclinés à toutes les sauces, une jardinière à ciel ouvert que l’on pouvait agrémenter d’une sauce orange aux poivrons. Certainement le meilleur plat de poisson que j’ai eu la chance de gouter.

Côté dessertsglace à la banane accompagnant un gâteau au chocolat royal extra noir, une claque en pleine bouche assurée.
Un léger manque de texture manquait au deuxième dessert composé essentiellement d’une mousse de haricot rouge et d’une glace au thé vert matcha. Les saveurs étaient bien au rendez-vous mais un rehaut de texture avec des morceaux de biscuit ou même de fruits secs aurait été le bienvenu. Un dessert qui  manquait donc de consistance mais relevait tout de même le défi de clôturer notre déjeuner en apothéose.


Pour conclure: malgré leur apparence d’œuvres d’art, les plats du chef Yoshitaka Ikeda sont avant tout des épopées gustatives, dont chaque bouchée représente un chapitre bien différent. La vigilance est de mise : les détails sont nombreux et ont toute leur importance, étant constitutif d’un ensemble parfaitement cohérent. Une symphonie gastronomique qui mettra tous vos sens en éveil : décor, musique, cuisine et service sont parfaitement accordés avec gout, originalité, raffinement et simplicité. Certainement notre nouveau restaurant favori. On prend le pari que ça sera le votre aussi.


Clos Y