Bloempot : le restaurant bistronomique de Florent Ladeyn à Lille

11, Juin, 2017 | Evasion, France, Lille

Note

Plus besoin de présenter Florent Ladeyn, ce jeune chef particulièrement sympathique aux airs de bobo des campagnes, devenu célèbre grâce à l’émission Top chef. Après avoir échoué en finale, mais au summum de sa popularité, il ouvre Bloempot, une cantine flamande à son image, en plein cœur du vieux Lille. De passage à Lille, nous ne pouvions pas rater l’occasion de faire un détour par sa petite cour et passer au crible son menu déjeuner. Nous étions samedi : la fameux trio gagnant à 20 euros de la semaine n’était donc pas de mise. A la place, trois formules « les yeux fermés » (34, 40 et 50 euros), avec une option « accords mets et vins » ou « mets et bières » proposés, (50-60-80 euros). On retrouve pour cet accord osé, toute l’originalité de Florent et son amour pour le terroir Lillois (nul besoin de préciser qu’un Lillois qui ne boit pas de bière n’existe pas). On opte donc raisonnablement pour la formule à 40 euros, sans accords, qui risquaient de nous plomber la suite de la journée déjà bien chargée… Le cadre du restaurant : néobistrot hyper spacieux et lumineux, entre l’indus et le bistrot décontract’ chic-chaleureux, tout est pensé dans les moindres détails jusqu’à la carte des alcools intégrée à la bouteille de houblon, posée sur chaque table. Une vinothèque et une biérothèque sont mises en valeur dans le restaurant, un bon moyen de pomper leur sélection ;).

L’équipe est évidemment hyper sympathique, à l’image des Lillois : à une heure et demie seulement de Paris, le dépaysement est total… Notre serveur commence par nous demander (formule yeux fermés oblige), ce que nous n’aimons pas et nos éventuelles allergies ! Autant se le dire, Madame était très mitigée à l’idée d’aller au pot de terre (Bloempot), car du haut de son « flexitarisme », elle est généralement très dubitative avec les plats de viande… Après 10 minutes de listing, on finit par se mettre d’accord avec le secteur, les concessions vont êtres de mise !

Une superbe assiette en guide d’apéritif débarque: fromage, beurre, terrine et pain de campagne. Inutile de décrire l’exemplarité des produits, qui tous dans leur domaine respectif sentent et goutent bon le terroir. Après ce grignotage de haut vol, notre appétit est grand ouvert!

Première entréeravioles farcis aux moules, bouillon de poule (a pleurer de joie) et feuilles de chou kale. Ça démarre très fort, le dressage et l’assiette ne paient pas de mine, mais les arômes sont à la fois concentrés dans la raviole et légers dans le bouillon, une harmonie improbable mais particulièrement plaisante. Le bouillon est tellement bon qu’on hésite à en demander une demi-citerne à emporter. D’une délicatesse rare, en ressort de cette entrée zen et particulièrement motivés pour la suite…

Le plat principal, pour le coup ultra graphique, s’avère être moins recherché que le précédent. Une simple viande de porc, accompagnée d’une jardinière de légumes. La viande est tendre, servie généreusement, mais manque de cuisson : l’un des plus gros morceaux de l’assiette, totalement rose, était carrément immangeable. On note tout de même une belle cohérence entre le croquant des légumes crus et la tendreté de la viande (pour les morceaux cuits), le jus (en trop petite quantité) s’avère d’ailleurs être le véritable highlight du plat. C’est intéressant sans être bouleversant.

Après les excuses des serveurs pour cette viande servie quasi-crue, on part sur le deuxième plat, véritable bémol de la formule : simpliste, manque d’assaisonnement, produits peu plaisants (pour nous mais aussi nos voisins), même le visuel ne donne pas envie… Betteraves (certes marinées), quelques tranches de radis et des rognons de lapin, le cuisinier ne s’est pas foulé. Parfois il suffit de peu pour faire un grand plat, mais là rien ne colle. Si ce plat nous a déçu au niveau gastronomique, ce fut aussi le cas dans le service : nous avions précisé que je ne pourrai pas manger de viande, encore moins de gibiers ; à choisir une simple assiette de légumes assaisonnés m’aurait largement contentée. On note donc un réel manque de flexibilité en cuisine et c’est dommage ! Ils finiront par switcher mes rognons contre du maquereau fumé effrité (merci!).
Heureusement, après ce léger déboire de milieu de formule, surgit de nulle part l’apothéose, la fanfare, le coup du maitre, que seule une odeur prenante se dégageant des cuisines aurait pu permettre d’anticiper : le bon maroilles du terroir a saucer avec son pain méchamment grillé. Une tuerie pour sa simplicité, sa rusticité et son authenticité. C’est la marque de fabrique de la maison, figurant à la carte à l’année, en pleine cohérence avec l’esprit du lieu. Le fromage, siphonné est parfaitement fluidifié pour éviter de rester sur l’estomac en fin de repas. Légèrement relevé de poivre et de morceaux de lard, ainsi que de fruits secs concassés, c’est un plat convivial et chaleureux que l’on adore partager (ou pas) en fin de repas !
Pour finir, l’excellent dessert vient compléter une fin de repas d’une gourmandise sans commune mesure avec les deux plats principaux. Un vrai bon dessert de cuisinier, relativement simple mais gourmand à souhait : de la pomme, du caramel, de la mie de pain au blé noir (très déroutant mais savoureux). Un dessert qui incarne finalement  bien l’esprit que nous connaissons de Florent : simple, généreux, gourmand, sans trucage ni sophistication inutile… Le point final d’une formule en dent de scie, dans laquelle les hauts surpassent de très loin les quelques déceptions.

En brefvous l’aurez compris, malgré certaines réserves notamment aux niveau des deux plats principaux, cette cantine flamande a su conquérir nos cœurs pour la perfection de son entrée, la générosité de son entremet et l’inventivité de son dessert. Quelques progrès restent à faire notamment en terme de constance dans la qualité des plats proposés, et la flexibilité en cuisine. On apprécie toutefois la créativité et la modernité chaleureuse du lieu. A 40€, vous en aurez dans tous les cas largement pour votre argent chez le généreux Florent.


Bloempot